Le sommeil des ombres.

Sommeil des Ombres Tournoël 2018

La lune ronde au fond du ciel

D’écharpes blanches,

Nuages noirs frangés de vent

Sur des chardons fanés

Tout hérissés d’argent

Et d’ombres en sommeil.

 

L’autre côté du temps,

Des jours et du soleil

Dans quelles nuits étranges

D’insomnies et de chants

Au rythme langoureux,

Au rythme lancinant

Des mots qui se succèdent ?

 

Serez-vous plus heureux,

Amants des heures brèves

Et des profondes nuits,

Serez-vous plus heureux

Dans ces jardins obscurs

Qu’en ces midis sanglants

Aux arêtes des murs ?

 

***

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Quelque chose de simple.

Quelque Chose Magrin 2018

Un vieux mur au soleil,

Un arbre familier,

Quelque chose dans l’air

Qu’on ne peut oublier

De plus doux que le miel,

Quelque chose de clair

Et de si familier

Et de si rassurant

Et de si désiré

Et de simple pourtant

Qu’on ne peut comparer

A rien de ce qu’on a.

Un demi-souvenir,

Une presque promesse

Qu’on voudrait retenir

Mais qui naît et se presse

Et puis soudain s’en va

Pour renaître sans cesse

A chaque nouveau pas.

C’est un parfum de fleurs

Ou celui d’un fruit mûr,

La pluie et son odeur

Dans une rue l’été,

Une foule de gens

Où deux regards se croisent,

La poussière et le vent

Et l’acanthe et l’armoise,

Quelques mots racontés,

Un éclair de vermeil,

Un reflet vif-argent,

Un vieux mur au soleil,

Un arbre familier.

 

***

Voici la nuit.

Voici la Nuit

Le roulement lointain d’un tram

Le long de l’avenue,

Murmurant un épithalame

Le vent qui court les rues

Et la nuit songeuse où se pâment

Des ombres ingénues,

La nuit où les façades trament

Des projets inconnus,

Où pignons et caves réclament

Des champs et des charrues,

La nuit, riche de tant de charmes

A peine entraperçus,

S’approche à la façon des femmes

Dont les hanches sinuent.

 

***

Rue de La Vieille Lanterne.

Nerval_GIMP_HDR_DxO

La nuit où règne un froid si noir

-Moins dix-huit degrés sous zéro-

Il marche dans la rue -et qui pouvait l’y voir ?-

Il grelotte sans doute, il n’a plus de manteau,

Il l’a vendu,

Et plus d’argent non plus

Et guère plus d’espoir :

L’aube est une inconnue

Que n’invite aucun soir.

Tous ces jours-ci sans écrire une ligne…

Le doute au fond de soi,

Le doute comme aveu que la misère signe.

La corde est rêche et la main maladroite,

Mon Dieu, comme il fait froid,

Et la rue est déserte…

 

L’aube qui se rapproche

Dessine une ombre roide

Quelque part dans la rue

De La Vieille Lanterne

Où Nerval s’est pendu.

 

***

 

Le temps perdu.

Temps Perdu GIMP_Silver Effex

Cet air qui traîne dans la rue

Où dansent, à peine entrevues,

L’ombre de hier et de déjà,

De jamais-plus et de là-bas,

Et qui prend l’air d’une rengaine

Et qui prend l’air, je ne sais plus,

Sur l’accordéon qui l’entraîne,

D’un air qu’autrefois j’ai connu,

Me fredonne et me désenchante

Le vieux refrain du temps perdu.

Mais ceux qui dévalaient la pente

Herbeuse et douce du talus,

Un été des années soixante,

Vous le savez bien, ne sont plus.

De ce que l’accordéon chante

Et de tout ce que moi je fus,

De tout ce que le cœur invente,

Et de tout ce qu’il a connu

Il ne reste plus , inconscientes,

Au gré des mains, jamais émues

Que ces quelques notes dolentes

D’un air qui traîne dans la rue

Et dont le passé se contente.

 

***

L’accordéon.

L'Accordéon

Un accordéon dans ma rue

Et mon balcon devient un port de mer,

Aussi mélancolique, aussi amer,

Je ne l’aurais pas cru,

Qu’un novembre venteux sur un quai désert,

Un dimanche après-midi de mauvais cru

Quand pas un bistrot n’est ouvert.

Et l’accordéon se lamente

Sur les souvenirs à deux ronds

Que, faute de mieux, je m’imagine.

Ce soir la mer n’est pas contente

Et mon histoire a le front

De finir en queue de sardine.

 

***

 

Au marché.

Au Marché

S’en aller au marché aux livres

Une après-midi de printemps

Puis aller s’asseoir sur un banc

A l’ombre avec un vieux roman

Et demeurer là pour y lire

Tranquillement…

Un bon moment…

 

Et si ce n’est pas un roman

Ce pourrait être des poèmes

Que l’on découvre ou que l’on aime

Et chaque fois jamais les mêmes,

Absolument comme à présent…

Gaieté extrême,

Un peu bohème…

 

Voilà, plaisir et nonchalance,

Ce que donne de mieux le temps.

Vous l’ignoriez ? Comment ! Vraiment !?

Et bien, goûtez-y un instant

Sans réticence,

Dans le silence

 

Et si vous n’aimez pas cela,

Si pendant ce temps là

Qui s’envola,

Votre âme n’en est pas ravie,

A mon avis,

Vous n’aimez pas vraiment la vie.

 

***

Mea Culpa.

Mea Culpa

Et certains se regardaient écrire

Et s’interrogeaient.

Ils s’interrogeaient sur les mots ou pire :

Sur eux.

Habitude louable mais dans les faits

Dialogue égocentrique et aussi long

Qu’un jour sans pain dans un désert sans eau.

Et je faisais de même en comptant mes défauts.

 

Ô textes, mes amis, que de cache-misère :

Un passe-temps qui tourne en rond

C’est un cercle vicieux

Et le néant prospère.

D’autres l’ont dit

Qui le faisait aussi

Car le mal est tenace

Et le plaisir

Aime jouer avec les maux

Comme certains jongleurs avec l’heure qui passe,

Le silence et les mots.

 

Mea culpa, s’il se pouvait.

Plus ou moins sincèrement ?

Ma foi oui, je l’admets.

 

***

En noir et blanc.

Paris Mars 80 Pan F 7_DxO

Mon beau passé vous revoici,

Hélas, figé en noir et blanc

Dessus cette photographie

Où le temps s’écoule si lent

Que l’on y cherche en vain la vie.

 

De celui-ci, de celle-là

Qu’est-il advenu aujourd’hui ?

Leur monde se perd au-delà

Dans la perspective qui fuit ;

Il est des murs que rien n’abat.

 

Est-ce encore nous qui vivons

A la fois flous et minuscules,

Aussi guindés que nous l’étions

Et peut-être un peu ridicules ;

Ah, qu’est-ce qu’une image au fond ?

 

***

Vent du Nord.

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Non je n’ai pas besoin de regarder ;

Je vois bien cet après-midi d’où souffle le vent : c’est un vent du Nord.

Ce vent qui n’a pas la fureur bruyante des typhons et des cyclones du Sud qui emportent les toits, les maisons et parfois les hommes.

Non le vent du Nord, au mieux, gémit le soir entre les planches des greniers, à travers les tuiles, les persiennes et les fenêtres un peu disjointes, le coin des rues, les carrefours.

Le vent du Nord, gémit sur la campagne, gémit à travers la ville, il gémit et il mord.

Et tout ce qui, du crépuscule au matin, est demeuré dehors,

Sait bien ce que signifie le vent du Nord…

 

Celui que sa course mal calculée n’a pas amené à bon port,

Alors que le soleil se couche, celui qui se trouve recroquevillé contre une porte que nul ne lui ouvrira,

Celui qui s’abrite dans un appentis de branches

Nues sans porte, une cabane de planches

Légères sans renforts,

Tous ceux-là savent ce que veut dire le vent du Nord.

Tous ceux qui n’ont guère mangé, et l’homme âgé

Et celui qui ne sait où aller, l’étranger,

Tous ceux qui demain seront morts.

 

Le crépuscule d’hiver est si beau lorsque souffle le vent du Nord

Et tout à l’heure, quand l’obscurité gagnera courettes et ruelles d’abord,

Puis les murs des façades et des pignons et le faîte des toits, alors

Le froid s’accentuera encore et encore.

 

Ce soir souffle le vent du Nord,

Et demain dans l’orgueilleuse aurore,

Parée d’un linceul, fine dentelle de diamant,

Qu’aura tissée toute la nuit le vent du Nord,

Vous compterez leur corps.

 

***